KOSNAERA

Motivation & performance

Motivation & performance

Cinq cadres pour comprendre ce qui soutient, fragilise ou transforme l’engagement

Comprendre ce qui vous met en mouvement — et ce qui parfois vous en éloigne.

La motivation n’est ni un trait de personnalité fixe, ni une simple question de volonté.

Chez un sportif, elle peut évoluer avec le sens donné à l’effort, la perception de ses capacités, la manière dont il définit la réussite, son environnement, son état physique, ses relations ou encore la période qu’il traverse.

Plusieurs modèles issus de la psychologie permettent d’éclairer ces mécanismes. Ils ne donnent pas une explication unique de la personne : ils offrent des grilles de lecture complémentaires pour mieux comprendre ce qui soutient l’engagement, ce qui le fragilise et ce qui peut permettre de le retrouver.

Comprendre sa motivation, ce n’est pas chercher à être motivé en permanence. C’est comprendre ce qui permet d’agir, de persévérer et de s’adapter.

Grilles de lecture

Cinq questions pour comprendre la motivation

  1. 01

    « Pourquoi est-ce que j’agis ? »

    Théorie de l’autodétermination

  2. 02

    « Qu’est-ce que je considère comme réussir ? »

    Théorie des buts d’accomplissement

  3. 03

    « Où en suis-je réellement dans ma disposition à changer ? »

    Modèle transthéorique du changement

  4. 04

    « Est-ce que je pense pouvoir réussir — et est-ce que cela en vaut le coût ? »

    Théorie des attentes-valeurs

  5. 05

    « Qu’est-ce qui, dans ma situation globale, influence mon engagement ? »

    Approche biopsychosociale

Ces questions ne s’opposent pas. Chez une même personne, plusieurs mécanismes peuvent agir simultanément.

Théorie de l’autodétermination

Pourquoi faites-vous ce que vous faites ?

La théorie de l’autodétermination, développée notamment par Edward Deci et Richard Ryan, s’intéresse moins à la quantité de motivation qu’à sa qualité.

Deux sportifs peuvent s’entraîner avec la même intensité pour des raisons profondément différentes.

L’un peut agir principalement parce qu’il aime son sport, reconnaît personnellement l’importance de son entraînement et se sent acteur de son projet.

L’autre peut agir essentiellement pour éviter la culpabilité, satisfaire l’entourage, conserver son statut ou répondre à une pression extérieure.

La théorie distingue ainsi différentes formes de régulation, plus ou moins autonomes.

Autonomie

Se sentir acteur de ce que l’on fait.

Compétence

Se sentir capable d’apprendre, de progresser et d’agir efficacement.

Relation aux autres

Se sentir soutenu, relié et reconnu dans son environnement.

La recherche en activité physique et en sport soutient globalement l’intérêt de la motivation autonome et de la satisfaction de ces besoins, en particulier pour l’engagement et le bien-être.

Les interventions inspirées de cette théorie produisent toutefois des effets généralement petits à modérés.

Il ne s’agit donc pas d’une recette garantissant la performance.

Dans le sport

  • Est-ce encore mon projet ?
  • Pourquoi est-ce que je continue ?
  • Est-ce que je me sens acteur de mon entraînement ?
  • Est-ce que je perçois encore mes progrès ?
  • Mon environnement me soutient-il ou me contrôle-t-il ?

Dans la vie quotidienne

  • le travail ;
  • les études ;
  • un changement professionnel ;
  • une habitude de vie ;
  • un projet personnel.

Faire quelque chose parce qu’on l’a choisi n’est pas psychologiquement équivalent à le faire uniquement parce qu’on se sent obligé.

Théorie des buts d’accomplissement

Comment définissez-vous la réussite ?

Tous les sportifs veulent progresser ou réussir, mais ils ne définissent pas nécessairement le succès de la même manière.

Certains évaluent principalement leur réussite par rapport à leur propre progression :

Ai-je progressé ?
Ai-je mieux exécuté ce que je voulais faire ?
Qu’ai-je appris ?

Ai-je gagné ?
Ai-je été meilleur que les autres ?
Quel est mon classement ?

D’autres utilisent davantage la comparaison, comme dans la seconde formulation.

Les recherches sur les buts d’accomplissement distinguent également les dynamiques d’approche et d’évitement. Il existe une différence importante entre :

« Je veux réussir cette performance. »

« Je dois absolument éviter d’échouer. »

Un objectif de résultat ou de comparaison n’est pas automatiquement mauvais. Ce serait une simplification excessive.

La recherche montre néanmoins que les orientations centrées sur la maîtrise et l’approche sont généralement associées à des indicateurs motivationnels plus favorables, tandis que les relations directes avec la performance sportive restent modestes et variables selon les études et les populations.

Dans le sport

Est-ce que je joue pour produire quelque chose — ou principalement pour éviter quelque chose ?

  • la prise de risque ;
  • l’attention ;
  • le rapport à l’erreur ;
  • la réaction à une contre-performance ;
  • la manière d’évaluer ses progrès.

Dans la vie

On retrouve exactement le même mécanisme.

« Je veux réussir ce projet. »

« Je dois absolument éviter de paraître incompétent. »

Ces deux formulations peuvent orienter l’expérience psychologique de manière différente.

Modèle transthéorique du changement

Vouloir changer ne signifie pas toujours être prêt à changer

Nous savons parfois parfaitement ce qu’il faudrait modifier sans parvenir à le faire.

Le modèle transthéorique de Prochaska et DiClemente propose plusieurs étapes générales permettant de réfléchir à la disposition d’une personne face au changement.

  1. 01

    Précontemplation

    Le changement n’est pas réellement envisagé.

  2. 02

    Contemplation

    La personne y pense mais reste ambivalente.

  3. 03

    Préparation

    La décision se précise et les premières actions s’organisent.

  4. 04

    Action

    Le changement est effectivement engagé.

  5. 05

    Maintien

    Il s’agit de consolider ce qui a changé dans la durée.

Ce modèle est intuitivement utile pour comprendre qu’on ne parle pas de la même manière à quelqu’un qui ne souhaite pas changer et à quelqu’un qui a déjà décidé d’agir.

La recherche ne démontre cependant pas clairement que tout changement humain se déroule selon des stades parfaitement distincts et universels.

Les résultats des interventions fondées sur ce modèle en activité physique sont hétérogènes.

Il est donc préférable de l’utiliser comme une grille pratique de réflexion, et non comme une loi psychologique.

Dans le sport

  • reprendre après une interruption ;
  • accepter de modifier son entraînement ;
  • travailler un nouveau comportement ;
  • améliorer la récupération ;
  • demander de l’aide ;
  • préparer un retour après blessure.

Dans la vie

Changer une habitude, quitter une situation devenue insatisfaisante ou commencer un nouveau projet passe souvent par une période d’ambivalence.

Ne pas être encore passé à l’action ne signifie pas nécessairement manquer de volonté.

Théorie des attentes-valeurs

Est-ce que je peux y arriver ? Et est-ce que cela vaut encore la peine ?

La théorie contemporaine des attentes-valeurs — aujourd’hui développée notamment sous le nom de Situated Expectancy-Value Theory — examine plusieurs dimensions participant à l’engagement.

Attentes de réussite

Est-ce que je pense pouvoir réussir ?

Valeur attribuée à l’activité

Pourquoi cela compte-t-il pour moi ?

Cette valeur peut comprendre :

  • le plaisir ou l’intérêt ;
  • l’importance personnelle ;
  • l’utilité ;
  • mais également le coût perçu.
  • Temps
  • Fatigue
  • Sacrifices
  • Stress
  • Renoncements
  • Conflits avec d’autres priorités

Les travaux contemporains insistent davantage sur ce coût et sur le fait que les attentes et les valeurs sont situées dans un contexte social et culturel, plutôt que de constituer de simples variables internes immuables.

Exemple sportif

Un sportif peut aimer profondément sa discipline mais commencer à douter :

« Je ne pense plus pouvoir revenir à mon niveau. »

La valeur reste élevée, mais l’attente de réussite diminue.

À l’inverse :

« Je sais que je pourrais continuer à gagner, mais je ne sais plus pourquoi je fais tous ces sacrifices. »

La capacité perçue peut rester forte tandis que la valeur du projet s’effondre. Ce sont deux problématiques différentes.

Dans la vie quotidienne

  • un projet professionnel ;
  • une formation ;
  • une reconversion ;
  • une relation à l’effort ;
  • une difficulté à commencer ou poursuivre quelque chose.

Approche biopsychosociale

La motivation n’existe pas indépendamment de la personne et de son environnement

Le modèle biopsychosocial développé historiquement par George Engel n’est pas une théorie de la motivation.

C’est un cadre destiné à éviter de réduire une situation humaine à une seule dimension.

Une baisse d’engagement chez un sportif peut être associée à plusieurs dimensions qui interagissent.

Biologique / corporelle

  • fatigue
  • récupération
  • douleur
  • blessure
  • sommeil
  • état de santé

Psychologique

  • perception de compétence
  • peur de l’échec
  • émotions
  • attentes
  • valeurs
  • sentiment de contrôle
  • charge mentale

Sociale et environnementale

  • relation avec l’entraîneur
  • dynamique d’équipe
  • pression familiale
  • contraintes professionnelles ou scolaires
  • calendrier
  • conditions matérielles
  • équilibre de vie

Les recherches contemporaines en sport continuent d’utiliser des modèles intégratifs de ce type, notamment pour comprendre la fatigue, les blessures et leur contexte, tout en soulignant la nécessité de ne pas confondre association et causalité.

Une baisse de motivation n’est donc pas nécessairement un problème « mental ».

Une fatigue inhabituelle ou persistante, une douleur, une dégradation inexpliquée de la récupération ou d’autres symptômes peuvent nécessiter une évaluation médicale appropriée.

Le regard Kosnaera

Une théorie n’est pas une étiquette

Chez Kosnaera, ces modèles ne sont pas utilisés pour enfermer une personne dans un profil motivationnel.

Ils permettent de poser de meilleures questions.

  • Pourquoi est-ce que j’agis ?
  • Comment est-ce que je définis ma réussite ?
  • Qu’est-ce que j’essaie d’obtenir — ou d’éviter ?
  • Suis-je réellement prêt à changer ?
  • Est-ce que je me sens capable d’atteindre ce que je vise ?
  • Quelle valeur ce projet possède-t-il encore pour moi ?
  • Quel est son coût ?
  • Que se passe-t-il dans mon corps, mon environnement et mes relations ?

L’objectif n’est pas de « fabriquer de la motivation ».

Il est de mieux comprendre les conditions dans lesquelles l’engagement apparaît, se maintient, s’épuise ou doit parfois être réorienté.

Transferts possibles

Les mécanismes changent de contexte, pas nécessairement de nature

Ces cadres ont été étudiés dans différents domaines et certains dépassent largement le sport. Ils peuvent aider à réfléchir à des situations telles que :

  • rester engagé dans un projet professionnel ;
  • reprendre une activité après une interruption ;
  • apprendre une nouvelle compétence ;
  • traverser une transition ;
  • modifier une habitude ;
  • retrouver du sens dans un engagement devenu mécanique ;
  • comprendre une procrastination persistante ;
  • distinguer ce que l’on veut réellement de ce que l’on fait uniquement sous pression.

La performance sportive devient alors un laboratoire particulièrement visible de mécanismes que l’on retrouve aussi dans le travail, l’apprentissage, les habitudes et les transitions de vie.

Il s’agit de transferts possibles et de mécanismes comparables, non d’une équivalence absolue d’un domaine à l’autre.

Pertinence

Quand cette approche peut être pertinente

Vous pouvez souhaiter explorer votre motivation lorsque :

  • vous continuez à vous entraîner mais ne savez plus vraiment pourquoi ;
  • votre engagement dépend presque exclusivement du résultat ;
  • la peur de l’échec prend davantage de place que l’envie d’agir ;
  • vous savez ce qu’il faudrait modifier mais restez bloqué dans l’ambivalence ;
  • vous doutez fortement de votre capacité à atteindre votre objectif ;
  • les sacrifices demandés ne semblent plus correspondre à ce que le projet vous apporte ;
  • vous traversez une blessure, une transition ou une période de changement ;
  • votre motivation fluctue également dans d’autres domaines de votre vie.

Prendre contact

Comprendre ce qui soutient votre engagement

Une baisse de motivation n’a pas toujours la même origine.

Comprendre ce qui se joue permet d’identifier des leviers plus adaptés à la personne, à la situation et au moment qu’elle traverse.

Repères scientifiques

  • Deci, E. L. & Ryan, R. M. (2000). The “What” and “Why” of Goal Pursuits: Human Needs and the Self-Determination of Behavior. Psychological Inquiry, 11(4), 227–268.
  • Nicholls, J. G. (1984). Achievement Motivation: Conceptions of Ability, Subjective Experience, Task Choice, and Performance. Psychological Review, 91(3), 328–346.
  • Elliot, A. J. & Harackiewicz, J. M. (1996). Approach and Avoidance Achievement Goals and Intrinsic Motivation. Journal of Personality and Social Psychology, 70(3), 461–475.
  • Prochaska, J. O. & DiClemente, C. C. (1983). Stages and Processes of Self-Change of Smoking: Toward an Integrative Model of Change. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 51(3), 390–395.
  • Eccles, J. S. & Wigfield, A. (2020). From expectancy-value theory to situated expectancy-value theory: a developmental, social cognitive, and sociocultural perspective on motivation. Contemporary Educational Psychology, 61, 101859.
  • Engel, G. L. (1977). The Need for a New Medical Model: A Challenge for Biomedicine. Science, 196(4286), 129–136.